| Ethique? Et TAC ! |
|
Ce n’est pas tout à fait le bruit que fit la peau de ma cheville en éclatant sous l'impact de la botte de ce ‘danseur’ insouciant ... Ni d’ailleurs le cri que poussent depuis des années les chevilles massacrées de pareille manière partout où l’on danse la salsa à Bruxelles. Mais le jeu de mot était tentant :o) Reprenons : un dimanche d'avril au ‘Café Dansant’ du Pianofabriek, j'explore avec Fabienne de nouvelles passes inspirées d'un récent voyage à New York quand : TAC! Une douleur intense au pied gauche, causée par l’impulsion vigoureuse de 70 kg d’énergumène exubérant inconscient de ses extrémités. L'homme est secondé par des chaussures solides que lui envierait n’importe quel randonneur professionnel… Un coup dans l’aile, je repère le bonhomme en question : chemise bleue, talons d’acier, attentif à éblouir sa partenaire de sa toute récente expérience de salsero de haut vol. Pas un regard, pas un mot d’excuse, Attila ne s’est aperçu de rien, semble-t-il ! Fabienne me regarde, je lis un appel au calme dans ses yeux, je respire un grand coup et on danse... Quelques instants plus tard, le même type me ré-écrabouille la même cheville avec le même élan et la même indifférence affectée, royal. Pendant que mes neurones endoloris hurlent leur colère, la musique s’arrête et le justicier disparaît dans la foule ... Je reste immobile, hagard et vacillant, la bave aux lèvres, jusqu’à ce qu’une élève m'invite gentiment et m'emmène... Eprouvé par l’atmosphère étouffante et les événements antérieurs, je guide ses pas débutants à grand peine et sans beaucoup d'imagination, quand je reçois le coup de grâce : le ‘serial killer’ est de retour! Re-TAC! D’un troisième coup de botte, impérial, il me fend la chair jusqu’au sang. Réjoui, il s’apprête à continuer son périple sanglant quand mon sang ne fait qu’un tour. Je délaisse ma partenaire pour lui tapoter l'épaule et lui demander d’arrêter les frais. Sur un ton doctoral - et condescendant - Rambo m'explique : " C’est ta faute, tu prends trop de place, tu te déplaces quand tu danses... " Puis, effrayé par le sang qui coule sur ma chaussette blanche, " Je ne savais pas, je m’excuse (sic !), mais il ne faut pas taper sur mon épaule comme ça, il faut me le dire gentiment… ". Peu apaisé par ses ‘excuses’ mais incapable de lui en dire plus, j’ai médité sur cette expérience douloureuse. Et je vous livre ma conclusion: j’aurais préféré à ces 'excuses' une reconnaissance quelconque de ce qui venait de se passer. Un mot ? Un sourire, ou un regard ? Un peu moins d’indifférence, un peu plus de souci de l'environnement? Je fends moi-même des chevilles avec beaucoup d’énergie - Nobody is perfect - mais je m’arrête alors de danser pour m’enquérir du capital santé résiduel de ma victime (c’est souvent possible, non ?). Et vous ? Alain Vander Linden |

